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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 23:40

On dit que lorsqu’on vieillit, on régresse. On dit que les vieux ressemblent aux bébés. Quand la personne âgée commence à dépérir, elle souffre d’incontinences et défèque parfois dans le couloir avant d’avoir pu atteindre le trône des sanitaires. Alors, on passe derrière, on nettoie. On se refuse à lui faire porter des couches pour ne pas porter un coup à sa dignité. Elle ne peut plus se déplacer sans appui et passe le plus clair de son temps allongée comme un nourrisson dans son berceau. Elle n’arrive plus à se nourrir seule et ne tolère qu’une alimentation essentiellement constituée de soupes et de yaourts au fromage blanc. Elle se lève en hurlant à 4h du matin en réclamant son repas du midi. Elle a des propos incohérents, répète sans arrêt les mêmes histoires, s’invente un monde avec des nouveaux personnages et des nouveaux lieux. Elle a des grosses crises d’angoisse. Dès qu’on quitte la pièce, elle se met à pleurer et pense qu’on veut l’abandonner.
Quel ironie ! Comme si plus approche l’heure de notre mort, plus on ressemble à l’être qu’on était à notre naissance. Serait-ce ce qu’on appelle le cycle de la vie ? On pourrait trouver ça poétique. En réalité, c’est tristement pathétique. Lorsqu’on lave un nourrisson, il pleure mais finit par s’habituer et même s’amuser dans le bain alors que pour la toilette d’une personne âgée, la personne âgée tremble de tout son corps et supplie pour qu’on la sorte de là. Même si, ensuite, elle arbore un sourire du au bonheur de se sentir enfin propre, je ne souhaite à personne de lire vraiment ce qui se cache au fond de ses yeux, ce regard qui semble dire : "Quand est-ce que tout ça va se terminer ? C’est toi qui me laves à présent alors qu’il y a encore quelques années c’était moi qui te plongeais dans la baignoire."
On a beau savoir qu’on arrive à la limite de ce que l’ego de la personne âgée peut supporter et qu’elle attend la mort avec impatience pour se libérer decette nouvelle vie monotone. Au début, égoïstement, on prie pour que la Grande Faucheuse prenne son temps avant de venir nous enlever cet être cher. Puis, on réfléchit, on comprend ses souffrances, on se fait une raison et on en vient presque à souhaiter sa mort. C’est moche, n’est-ce pas ? Moche d'écrire un texte pareil, moche de dire ces choses-là... M'enfin, un jour ou l'autre, tout être humain fait face à ce genre de situation.

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